Sooklal photographié avec Ajay Gupta: l'inaction de Pretoria indigne ActionSA
Le gouvernement sud-africain ne sanctionne pas Sooklal malgré ses photos avec Ajay Gupta.
Des photographies circulant depuis plusieurs semaines montrent Anil Sooklal, haut-commissaire de l'Afrique du Sud en Inde, aux côtés de l'ancien président Jacob Zuma et du fugitif Ajay Gupta. Ce n'est pas tant la nature de ces images qui est au coeur de la plainte formelle déposée par ActionSA: c'est l'absence totale de mesures disciplinaires de la part du gouvernement à leur suite. Pour les praticiens de la gouvernance institutionnelle et ceux qui suivent l'administration de la fonction publique post-State Capture, ce silence opérationnel constitue lui-même une prise de position.
Le contexte réglementaire et institutionnel ne peut être dissocié de cette affaire. Le réseau de corruption mis en place sous la présidence Zuma, avec la famille Gupta comme architecture centrale, a conduit à un pillage systématique des ressources publiques et à une déstabilisation durable des organes de l'État. Les mécanismes d'accountability réformés depuis lors, notamment dans le cadre du Government of National Unity (GNU), reposent précisément sur la capacité à traiter de manière cohérente les cas impliquant des agents de l'État dont le comportement soulève des questions de jugement ou d'impartialité.
C'est là que la critique d'ActionSA prend une dimension opérationnelle précise. Le parti n'interpelle pas le gouvernement de manière abstraite. Il cible directement Ronald Lamola, ministre des Relations internationales et de la Coopération (DIRCO), en lui demandant de publier le raisonnement ayant conduit à l'absence de sanction, y compris les conclusions de toute enquête interne et la justification formelle de ne pas engager de procédure disciplinaire contre Sooklal. Cette demande de transparence procédurale est au fond une question d'architecture de contrôle: si les critères d'activation d'une enquête disciplinaire ne sont pas rendus publics dans un cas aussi visible, la robustesse du cadre reste invérifiable de l'extérieur.
Le [rapport original du Cape Town Bulletin sur cette affaire](https://capetownbulletin.com/2026/08/05/high-commissioner-s-gupta-connection-sparks-outcry-as-government-stays-silent/) documente l'enchaînement des faits et l'absence de réponse gouvernementale formelle, ce qui constitue le point d'ancrage factuel de toute l'analyse politique qui s'ensuit.
ActionSA pousse la critique jusqu'au président Ramaphosa lui-même, en articulant que les décisions prises sous son administration reflètent davantage un calcul politique qu'une gouvernance fondée sur des principes. Que cette lecture soit ou non exacte relève du jugement politique. La tension structurelle qu'elle met en évidence, elle, est réelle: un GNU qui revendique la rupture avec les pratiques du passé doit pouvoir démontrer que ses mécanismes disciplinaires fonctionnent de manière uniforme à travers la fonction publique, sans corridor d'exception pour les agents dont les connexions politiques compliquent l'instruction.
Par contraste, la demande formulée par ActionSA et publiée sur son site officiel est, dans sa forme, une exigence de documentation procédurale. Le parti souhaite que le DIRCO expose les éléments ayant conduit à la conclusion qu'aucune mesure disciplinaire n'était justifiée dans le cas de Sooklal. Cette demande dépasse le cas individuel. Elle pose la question du seuil d'activation de l'accountability pour les hauts fonctionnaires en poste à l'étranger, catégorie qui échappe souvent à la visibilité quotidienne des mécanismes de contrôle parlementaire.
Pour les administrateurs de fonds et les opérateurs institutionnels qui suivent le cadre de gouvernance sud-africain, l'enjeu pratique est clair: la crédibilité des institutions de l'État dans le traitement des héritages du State Capture conditionne directement la confiance dans les contre-pouvoirs qui encadrent les décisions d'allocation et de réglementation. Si le GNU ne répond pas formellement aux demandes adressées à Lamola dans un délai raisonnable, cet épisode s'inscrit comme un précédent d'inaction documentée. La question qui demeure ouverte est de savoir si ce précédent modifiera, à terme, les grilles d'évaluation externe de la solidité institutionnelle du pays.