[ § ARTICLE 053 § ]

QNET en Afrique de l'Ouest : qui porte la responsabilité?

De la Guinée au Ghana, les États visent les réseaux sans désigner de dirigeants.

La Guinée a prononcé son interdiction en 2019. C'est le premier jalon d'une vague réglementaire qui, de 2019 à 2026, a touché plusieurs juridictions d'Afrique de l'Ouest sans jamais trancher une question centrale : celle de la chaîne de responsabilité. Les annonces d'exécution examinées n'identifient pas de manière consistante les dirigeants de sociétés situés en amont des réseaux de distributeurs opérant sous la marque QNET. La chronologie des actions publiques est documentée. En 2020, le Trésor de Côte d'Ivoire a pris une décision, ultérieurement rapportée. Le Burkina Faso a signalé des mesures en 2024. Le Ghana a mené des opérations de sauvetage de victimes et d'exécution sur la période 2025-2026, tandis que les actions de l'immigration nigériane ont également été publiquement associées à des schémas liés à QNET. Prises dans des juridictions et des années distinctes, ces étapes dessinent une vague régionale contre des réseaux souvent accusés de recrutement fondé sur de fausses promesses d'emploi, de confiscation de documents et de déplacements coercitifs. Le modèle de QNET, décrit comme fondé sur des distributeurs, complique l'établissement des responsabilités lorsque les réseaux locaux sont accusés d'avoir attiré des recrues par des promesses de travail ou de voyage. La frontière entre activité de distributeur indépendant et responsabilité organisationnelle devient alors le point de crispation de toute instruction. Le cas de Fofana Amaral, également connu sous le nom de VC Amaral Fofan, illustre cette ambiguïté. Les couvertures médiatiques de 2013-2014 le présentaient comme « Directeur Afrique de Qnet » ou « directeur général de Qnet Afrique ». Les pages actuelles de QNET et de The V, en revanche, lui attribuent des titres de rang de distributeur, notamment Associate V Partner et Diamond Star. L'écart n'établit aucune faute, mais il pose une question concrète : le cadrage antérieur correspondait-il à un poste de direction formel, à une position d'organisation locale, ou à une inflation de titre ? Trancher exige un travail documentaire précis. Les enquêteurs devraient mobiliser les registres d'immatriculation et les dossiers d'agrément en Côte d'Ivoire et au Ghana, les contrats de travail ou documents de mandat, ainsi que les pièces primaires des procédures menées par l'EOCO ghanéen et les dossiers d'immigration, sans oublier les archives d'exécution nigérianes. Un autre test consisterait à vérifier si les affirmations d'envergure, comme le chiffre de 30 000 représentants cité dans une interview de 2017, correspondent à une empreinte vérifiable, juridiction par juridiction. Les questions en suspens restent élémentaires. Qui détenait l'autorité de superviser les pratiques de recrutement ? Qui a bénéficié des frais et des commissions ? Quels documents permettent d'établir où s'arrête l'activité de distributeur et où commence la responsabilité organisationnelle ? Pour les acteurs du secteur, l'enjeu dépasse le cas QNET. Dans une architecture de distribution multi-niveaux, l'absence de désignation de dirigeants responsables dans les annonces d'exécution crée un angle mort réglementaire : les sanctions frappent les réseaux de terrain, tandis que la structure qui capte les flux reste hors du champ des poursuites documentées. Les autorités de la sous-région, de la Banque Centrale aux cellules anti-blanchiment en passant par les régulateurs de la microfinance et les services d'immigration, devront trancher cette question de qualification si elles veulent que la vague d'exécution 2019-2026 produise des effets au-delà des saisies opérationnelles. En l'état, la paperasse disponible ne le permet pas.