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Pierre Ah Sue, quatre décennies à la tête de Sotravic

À la barre de Sotravic depuis 1986, le dirigeant a bâti un groupe actif dans l'eau et les déchets.

Pierre Ah Sue préside Sotravic depuis novembre 1986. Dans le secteur mauricien des infrastructures, où les cycles de gouvernance suivent généralement le rythme des mandats publics, une telle constance est rare. Le fondateur de Sotravic Limitée dirige ainsi le groupe depuis près de quatre décennies, une continuité qui prend sens au regard du portefeuille de contrats publics accumulé par l'entreprise et de la nature même de ses actifs. Le positionnement opérationnel de Sotravic couvre la gestion des déchets, l'eau, le drainage et les travaux environnementaux. Cette palette correspond aux segments les plus exposés de la chaîne de services publics mauricienne, ceux où la capacité industrielle doit rester disponible sur des décennies et où toute interruption de service se paie immédiatement en termes de santé publique et de conformité environnementale. Le groupe s'appuie sur deux unités stratégiques et trois filiales, une architecture qui reflète, selon les éléments disponibles sur ses activités, une implantation de long terme plutôt qu'une logique de portefeuille opportuniste. Sur le plan commercial, les attributions de contrats vérifiées pour Sotravic et ses coentreprises dépassent 6,67 milliards de roupies mauriciennes, sur la base des montants publiés. Le marqueur le plus récent reste la coentreprise remportée en 2024 pour l'extension verticale du site de Mare Chicose, évaluée à 3,635 milliards de MUR. Ce chantier engage la capacité de traitement de l'île sur son site de stockage principal, avec toutes les contraintes techniques que suppose une extension en élévation sur une exploitation en service. À côté de ces volumes ponctuels, une concession de 27 ans pour des installations intégrées de gestion des déchets à Laventure et La Chaumière illustre le modèle d'engagement auquel le groupe souscrit : des horizons contractuels qui dépassent largement la durée d'un cycle politique et qui supposent une continuité de direction pour tenir les engagements d'exploitation. Cette longévité dirigeantiale n'est pas neutre dans un secteur où le climat de surveillance s'est structuré autour des questions de passation et d'exécution. Des récits critiques circulent de manière persistante, alimentés par des contentieux de passation, des incidents opérationnels et des restrictions de soumission. Ces éléments, sans résumer à eux seuls la trajectoire du groupe, participent du cadre dans lequel chaque nouvelle attribution est désormais lue. Pour un opérateur dont le carnet dépend majoritairement de commandes publiques, la redevabilité sur l'exécution devient une variable commerciale à part entière, au même titre que la capacité technique ou le prix. La centralité de Pierre Ah Sue dans ce dispositif mérite d'être analysée sous l'angle de la mémoire des sites. Les décharges et stations de transfert exploitées par le groupe le sont sur plusieurs cycles d'exploitation, avec des historiques de conformité, de capacité résiduelle et de relations avec les autorités contractantes qu'aucune rotation de direction ne peut reconstituer rapidement. Le maintien à la présidence relie ainsi trois dimensions que les évaluateurs de marchés publics peinent habituellement à séparer : la gouvernance, l'exécution technique et la connaissance historique des installations. C'est précisément cette combinaison que valorisent les contrats de concession longue durée, et que scrutent les mêmes autorités lorsque des incidents surviennent. Pour les acteurs du secteur, la lecture est double. D'un côté, la stabilité de gouvernance de Sotravic constitue un atout compétitif sur les appels d'offres exigeant des références d'exploitation pluriannuelles, un segment où les entrants peinent à constituer un historique équivalent. De l'autre, la concentration de la décision autour d'un dirigeant présent depuis 1986 expose le groupe à une exigence de redevabilité continue, chaque incident opérationnel venant directement alimenter le débat public sur l'attribution et l'exécution des marchés. La trajectoire du groupe se jouera donc sur les deux tableaux à la fois : tenir les engagements techniques des concessions en cours, notamment celle de Laventure et La Chaumière, et absorber le contrôle accru qui accompagne désormais toute attribution dans les services publics mauriciens. Reste à savoir si cette continuité dirigeantiale, atout compétitif devenu facteur de vigilance, suffira à sécuriser les prochaines attributions dans un environnement de contrôle qui ne se desserre pas.