[ § ARTICLE 079 § ]

Nominations policières à La Réunion : syndicats et élus contestent les critères de sélecti

Les syndicats et élus réunionnais dénoncent une procédure centralisée ignorant les candidats locaux déjà en poste.

Trois nominations policières contestées à La Réunion : la procédure centrale en question Le commissaire divisionnaire Ugo Pizzo, chef d'état-major à Melun (Seine-et-Marne), a été désigné directeur territorial adjoint de la police nationale à La Réunion avec prise de fonctions au 1er septembre 2026. Cette décision unique a suffi à déclencher une mobilisation conjointe des syndicats et des élus du territoire. Ce n'est pas l'identité du nommé qui concentre les critiques. C'est la procédure elle-même : les critères retenus par la hiérarchie ministérielle, la portée réelle de la consultation préfectorale, et la capacité des acteurs locaux à peser sur des décisions qui engagent le fonctionnement quotidien des services. Deux commissaires de grade équivalent, déjà affectés sur l'île et ayant formellement candidaté au poste, n'ont pas été retenus. Le préfet Patrice Latron, consulté à titre indicatif conformément au cadre légal, avait émis un avis favorable à la candidature de Pizzo. Selon les informations d'Imaz Press, la hiérarchie locale penchait néanmoins vers l'un des candidats en poste sur le territoire. Ce décalage entre la préférence locale exprimée et la décision centrale constitue le noeud opérationnel du contentieux. Deux affectations supplémentaires ont densifié le dossier. La commissaire Juliette Jeannin prendra la direction de la police aux frontières à compter du 1er septembre 2026, poste pour lequel aucun candidat local n'avait déposé de dossier. Dès le 1er octobre suivant, la commandante Anne Sophie Teulie prendra le commandement du commissariat de Saint-André, en remplacement du commandant Chassagne, admis à la retraite. Or le commandant Frédéric Lefèvre, en poste à Saint-André depuis plusieurs années et ayant régulièrement assuré l'intérim de direction en l'absence de Chassagne, figurait parmi les six ou sept officiers candidats à ce poste à l'échelle nationale. Un fonctionnaire de police s'exprimant sous anonymat auprès d'Imaz Press a qualifié cette non-sélection de "difficilement compréhensible", au motif que Lefèvre "connaît parfaitement le terrain et est très impliqué". La réaction directe du commandant Lefèvre n'avait pas pu être obtenue au moment de la publication. La CGTR, dirigée par Jacky Balmine, a réagi dès le mardi matin suivant la révélation des faits, dénonçant "une nouvelle fois le mépris des compétences et des cadres réunionnais" et réclamant "l'égalité réelle et la reconnaissance objective des compétences". Le syndicat a explicitement posé que la connaissance du territoire, de la population et des réalités sociales, économiques et culturelles de La Réunion ne saurait "être considérée comme un handicap ou comme un élément secondaire dans l'appréciation d'une candidature". Cette position n'est pas nouvelle pour la CGTR : l'organisation l'avait déjà formulée lors de la nomination de Jean-Xavier Bello à la direction générale de la CGSS Réunion, désignation réalisée malgré l'opposition d'une majorité des administrateurs du conseil. Sur le plan politique, la convergence est frappante. Le député Philippe Naillet a indiqué avoir appris la nomination du directeur territorial adjoint par voie de presse, signal révélateur du niveau effectif de concertation. Il a réaffirmé que, lorsque des profils locaux disposent de l'expérience et des compétences requises, "il est préférable de nommer des locaux." La députée Karine Lebon a mis en avant des aptitudes que les grilles de recrutement classiques ne capturent pas facilement, notamment "la compréhension de la langue et du terrain", qu'elle juge "inestimables". De son côté, la présidente de Région Huguette Bello a exprimé son incompréhension face à ce qu'elle qualifie de "préférence de l'extérieur", estimant ne pas saisir pourquoi des professionnels réunionnais présentant diplômes et compétences équivalents se voient systématiquement devancés par des candidats de l'Hexagone. C'est le député Frédéric Maillot qui a formulé la question sous l'angle le plus directement institutionnel. Relevant que ces faits s'inscrivent dans une série documentée de nominations similaires, il a reconnu que le cadre juridique actuel ne laisse aux élus locaux "d'autre pouvoir que celui de dénoncer". Il a plaidé pour une réflexion sur "l'autonomie décisionnelle" en matière de ressources humaines, estimant que la question du recrutement local pourrait figurer parmi les thèmes d'une éventuelle évolution statutaire de La Réunion : "Le cadre dans lequel nous évoluons actuellement ne nous permet pas de faire face aux défis de demain, notamment si on veut aller vers un recrutement local." Cette séquence de trois nominations s'ajoute à deux précédents déjà documentés : la désignation de Jean-Xavier Bello à la CGSS malgré l'opposition de son conseil d'administration, et celle d'Alexandre Lamothe à la tête du Pôle Régional des Musiques Actuelles en septembre 2025, préféré au candidat local Stéphane Grondin. La convergence de ces cas soulève des questions de procédure qui dépassent chaque nomination prise isolément. Quelle portée réelle accorder à la consultation préfectorale ? Quels mécanismes de redevabilité s'appliquent aux décideurs centraux ? Et dans quelle mesure le statut actuel permet-il aux territoires d'outre-mer de peser concrètement sur des choix qui les engagent directement ? Ces questions, pour l'instant sans réponse formelle, pourraient bien s'inviter dans tout débat à venir sur l'évolution institutionnelle de La Réunion.