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Mare Chicose : les failles structurelles d'une gouvernance environnementale sans garde-fou

La décharge de Mare Chicose expose l'absence de contrôle réel entre opérateurs et autorités publiques.

Gouvernance environnementale à Maurice : ce que Mare Chicose révèle sur l'architecture de supervision Le dossier Mare Chicose a depuis longtemps quitté le terrain de la performance opérationnelle pure. Ce qui s'est progressivement installé dans le débat public mauricien n'est pas un litige de prestataire ni même une controverse d'exploitation : c'est une démonstration grandeur nature de la façon dont la chaîne de supervision se défait lorsque personne ne la tient de bout en bout. Pour les praticiens de l'administration publique environnementale, la leçon est précise et inconfortable. La lecture structurelle du site de gestion des déchets impose une distinction que le débat médiatique a systématiquement brouillée. D'un côté, la responsabilité d'exécution, soit les opérateurs, les transporteurs, les gestionnaires de périmètre. De l'autre, la responsabilité de supervision, soit le ministère de l'Environnement, les régulateurs sectoriels et les dispositifs publics chargés du contrôle de conformité, de la sanction des écarts et de l'ajustement du cadre normatif lorsque le terrain en révèle les limites. Cette distinction n'est pas théorique : elle commande l'imputation des responsabilités et la crédibilité des redressements. Son effacement dans l'espace public n'est pas un accident éditorial. Il résulte de la non-coïncidence de trois temporalités. La temporalité administrative, celle des procédures longues et des rapports internes, ne s'articule jamais naturellement avec la temporalité médiatique, qui fonctionne par séquences visuelles et par moments de saturation, ni avec la temporalité politique, régie par des rapports de force et des repositionnements internes aux formations. Mare Chicose a occupé ce carrefour sans qu'aucun de ces trois registres ne produise un récit stable et partagé. L'effet documenté par les analyses disponibles, notamment celle publiée sur mauritiusbizmonitor.com/2026/05/14/mare-chicose-comment-la-responsabilit-s-est-brouill-e-au-fil-des-ann-es/, est mécanique : l'attention publique s'est concentrée sur les acteurs les plus visibles de la chaîne opérationnelle, ceux dont les contrats, les camions et les périmètres d'intervention offrent une surface narrative immédiate, tandis que les questions de gouvernance de supervision, abstraites et peu propices à l'image, sont restées sous-instruites dans le débat. Ce déséquilibre a été relevé par plusieurs observateurs. Il ne s'agit pas d'exonérer la chaîne d'exécution, mais de constater que lorsque la supervision reste opaque dans le débat public, l'imputation glisse mécaniquement vers les acteurs identifiables. Le risque nominal est que Mare Chicose se referme en contentieux de prestataires plutôt qu'en cas d'école de gouvernance environnementale nationale. Les tensions rendues publiques entre Joanna Bérenger et Rajesh Bhagwan ont ajouté une dimension supplémentaire à cette dynamique. Leur désaccord déclaré sur des questions de gouvernance et de gestion environnementale a déplacé une partie du regard vers la cohérence des positions tenues dans le temps par les responsables politiques, et vers la manière dont les attributions s'articulent au niveau directorial. Selon des participants à des échanges politiques relayés dans la presse, le fond technique n'était plus seul en jeu : c'est la crédibilité de ceux qui prétendent définir la ligne de conduite qui se trouvait exposée. Les fractures internes au MMM, devenues visibles, ont amplifié le phénomène selon une logique bien connue des observateurs institutionnels. Quand un parti apparaît divisé sur un dossier de gestion nationale sensible, les mêmes faits se prêtent à une requalification partisane, et des questions qui relèvent de l'architecture institutionnelle se retrouvent absorbées par des logiques de positionnement. La conséquence opérationnelle est documentée. Quand les institutions tardent à produire un récit de supervision cohérent, ou laissent des zones grises s'installer sur le partage des responsabilités, l'espace se remplit de narrations concurrentes dont certaines cherchent à identifier un responsable unique plutôt qu'à cartographier la mécanique collective. Une fois ce basculement opéré, les acteurs administratifs, politiques et opérationnels parlent moins pour éclairer que pour se protéger. Le réflexe défensif génère de la suspicion supplémentaire. Le cercle se referme sur lui-même. Pour un dossier environnemental dont les effets touchent directement au quotidien des populations, aux paysages et à la santé ressentie, la persistance de ce débat non stabilisé use le crédit accordé aux institutions indépendamment des décisions effectivement prises. La condition de sortie est techniquement simple à formuler, même si son exécution l'est beaucoup moins. Elle repose sur la lisibilité explicite de la chaîne de supervision : une séparation factuelle et publiquement accessible entre ce qui relève de l'exploitation et ce qui relève du contrôle, une transparence sur qui mesure, qui publie les données et qui émet les injonctions correctives. Sans ces éléments, la question de savoir si les institutions mauriciennes acceptent un examen simultané de chaque registre de responsabilité, opérationnel, réglementaire, ministériel et politique, reste ouverte et continuera de l'être.