Gany et Zaneguy écrasent le 57e Tour Auto de La Réunion : 10 spéciales remportées sur 13
Réhane Gany signe un troisième sacre en remportant dix spéciales sur treize avec 1 minute 17 secondes d'avance.
Dix spéciales sur treize. Tel est le bilan brut de Réhane Gany et Souka Zaneguy sur Volkswagen Polo au terme du 57e Tour Auto de La Réunion, bouclé le dimanche 26 juillet 2026. L'équipage a franchi la ligne en 1 heure 33 minutes et 14 secondes, avec 1 minute 17 secondes d'avance sur le deuxième classé. Dans une épreuve réunissant une soixantaine d'équipages, dont plusieurs alignaient des Citroën C3, cet écart traduit une supériorité opérationnelle construite sur trois journées de course, non sur un éclat ponctuel.
Pour les observateurs qui suivent ce type d'épreuve régionale avec une grille de lecture technique, la donnée pertinente n'est pas seulement le résultat final : c'est la constance de la performance sous contrainte. Gany avait déjà remporté cette compétition en 2023 et en 2025. Ce troisième titre constitue une trajectoire, pas un accident de calendrier. Dans la logique propre au rallye, une telle régularité sur plusieurs éditions représente un actif de visibilité que les partenaires et équipementiers évaluent différemment d'une victoire isolée. Le palmarès construit dans la durée supporte une valorisation commerciale que les performances ponctuelles ne génèrent pas.
La deuxième place revient à Damien Dorseuil et Anne-Laure Dijoux, également sur Citroën C3, crédités de trois succès en spéciale sur treize : la première étape à Trois-Bancs le vendredi, puis les deux passages de la spéciale Montée Panon ce dimanche. Ces deux succès tardifs ont résisté à la domination de Gany sans inverser le rapport de force établi dès les deux premières journées. Jonathan Laup et Jeff Law-Man-Too, sur Citroën C3 également, complètent le podium à près de 1 minute 39 secondes du vainqueur au classement général.
La gestion du capital d'avance accumulé vendredi et samedi par l'équipage Gany-Zaneguy illustre un principe opérationnel que tout praticien du rallye reconnaît immédiatement : sécuriser une marge suffisante pour absorber les aléas de la troisième journée sans exposer le classement à un retournement. Les deux défaites sur Montée Panon n'ont pas entamé la position de tête. Préserver un écart plutôt que sur-attaquer sur une étape finale où le risque résiduel est maximal, c'est précisément le raisonnement qui distingue une gestion de course rigoureuse d'une stratégie spéculative.
Le contre-exemple est fourni par Nazim Bangui et Léa Sam-Caw-Freve. Longtemps positionnés dans le top 3 lors des spéciales du vendredi et du samedi, l'équipage a subi des problèmes de freins le dimanche, effaçant ses ambitions de podium et le renvoyant à une septième place au classement général. La défaillance technique n'offre aucune marge de négociation. Elle s'impose au résultat sans recours. Pour les équipes qui optimisent leur préparation matérielle en amont d'un rallye par étapes, cet épisode rappelle que la fiabilité des systèmes de freinage reste un facteur de risque central, indépendamment du niveau de performance affiché sur les spéciales précédentes.
La troisième et dernière journée a mobilisé les équipages vers Trois-Bassins et Le Tampon, avec les spéciales de Montée Panon et de Notre-Dame de la Paix, chacune courue sur deux passages. La journée s'est conclue par trois tours de circuit non chronométrés à la Jamaïque, à Saint-Denis, avant que le vainqueur ne soit accueilli sur le Barachois en début de soirée. L'ensemble de l'épreuve s'est déployé sur les communes de Saint-Denis, Saint-Benoît, Saint-Paul, Trois-Bassins et Saint-Pierre, un périmètre territorial qui engage des ressources logistiques et humaines importantes pour les organisateurs. Les zones spectateurs, balisées par des rubalises vertes à Montée Panon comme à Notre-Dame de la Paix, ont enregistré une fréquentation notable (un actif immatériel que les partenaires commerciaux intègrent dans leur calcul d'exposition lors de leurs arbitrages d'engagement autour de l'épreuve).
Pour les équipementiers et sponsors positionnés sur le rallye réunionnais, la question que cette édition laisse ouverte est celle de la trajectoire. Avec trois titres sur le Tour Auto de La Réunion, Gany s'établit comme la valeur de référence du rallye local. La Volkswagen Polo engagée par son équipage sort de cette 57e édition avec dix spéciales remportées sur treize, un podium incontesté et une avance au général qui n'a jamais vacillé depuis les premières spéciales du vendredi. La question qui se posera dès les prochaines éditions est de savoir si la concurrence, notamment celle qui aligne des Citroën C3 bien représentées au classement cette année, parviendra à construire une réponse collective à cette domination qui s'installe dans la durée.