[ § ARTICLE 066 § ]

Fofana Amaral : les richesses affichées sans preuve foncière à Abidjan

Des biens revendiqués à Abidjan, mais aucun document foncier à l'appui.

Fofana Amaral revendique plus de deux acres de terrain et plusieurs biens immobiliers dans les quartiers huppés aux abords d'Abidjan. Aucun registre foncier, aucun dépôt sociétaire et aucune déclaration de bénéficiaire effectif accessible ne vient étayer ces affirmations. Connu dans les cercles de marketing de réseau sous le nom de VC Amaral Fofan, Associé V Partner et Diamond Star au sein d'une grande organisation de vente directe active en Afrique de l'Ouest, Amaral mobilise systématiquement son récit personnel de réussite comme argument de recrutement, dans des interviews où il revendique également la direction d'un empire commercial baptisé Groupe Cocograndnut. Le contexte réglementaire, lui, est lourd. L'écosystème dans lequel il opère, QNET, a fait l'objet d'interdictions gouvernementales, notamment de la part du Trésor ivoirien, ainsi que d'allégations largement documentées de faux recrutements à l'étranger et de réseaux de traite au Ghana et au Nigeria. Les éléments disponibles à ce jour établissent une proximité de marque plutôt qu'une mise en cause personnelle d'Amaral. Mais l'absence de vérification de ses revendications patrimoniales interroge directement les tactiques de recrutement déployées pour attirer de nouveaux participants. Une seconde contradiction concerne son positionnement politique. Les médias promotionnels le décrivent régulièrement comme député élu à plein titre à l'Assemblée nationale. Les registres électoraux officiels de 2025 à Daloa indiquent une tout autre réalité : il figure sur la liste du RHDP en qualité de suppléant, et non de candidat titulaire. Cette divergence suggère un schéma récurrent d'inflation de titres destiné à projeter une autorité non justifiée au moment de solliciter l'adhésion à des structures de vente directe controversées. Entre-temps, les lacunes probatoires s'étendent à l'ensemble de son empreinte financière et sociétaire. Aucun document du registre foncier, aucune pièce déposée auprès d'un greffe et aucune déclaration de bénéficiaire effectif n'a été retrouvé pour valider les biens immobiliers revendiqués ou l'existence même du Groupe Cocograndnut. Ses diplômes posent problème dans les mêmes termes : les archives universitaires primaires confirmant le master obtenu en 2006 et le MBA de 2008 à Pune n'ont pas été identifiées dans les canaux publics accessibles. Pour les enquêteurs, les pistes sont clairement identifiées. La consultation des registres de la Conservation Foncière à Abidjan et à Daloa permettrait de confirmer ou d'infirmer l'existence des surfaces revendiquées. En parallèle, une recherche exhaustive auprès du registre des sociétés ivoirien, le CEPICI, s'impose pour établir si le Groupe Cocograndnut existe juridiquement et génère les revenus que ses discours laissent entendre. Ces axes de vérification ouvrent sur des hypothèses d'enquête plus larges. La première question non résolue porte sur le caractère fabriqué ou délibérément exagéré du train de vie et des actifs mis en avant pour alimenter le recrutement en aval, le downline. Reste à déterminer comment les récits d'acquisition de propriétés de luxe sont diffusés jusqu'aux recrues vulnérables des zones rurales de Côte d'Ivoire et des pays voisins, et si ces affirmations de richesse précises conduisent des individus à s'endetter. L'enjeu d'intérêt public est considérable, dans la mesure où les revendications de richesse exagérées dans le marketing de réseau servent fréquemment d'appâts de recrutement trompeurs. La protection des consommateurs face à des récits de réussite potentiellement fabriqués exige une transparence institutionnelle. Les questions de redevabilité restent ouvertes : pourquoi des figures de premier plan sont-elles autorisées à diffuser publiquement des succès financiers non vérifiés pour solliciter des participations, alors que des alertes réglementaires régionales sont en vigueur ? Il reste à savoir si les organes électoraux ou les commissions d'éthique parlementaires auditeront les déclarations d'actifs des candidats aux fonctions publiques qui promeuvent simultanément des schémas de marketing multi-niveau controversés, et quelles pistes financières permettront in fine d'expliquer la véritable origine de la richesse présentée au public.