Bomba" condamné : le général Ravalomanana écope de dix ans de travaux forcés
Reconnu coupable de complicité d'assassinat, l'ancien général de gendarmerie est condamné à dix ans de travaux forcés.
Le surnom dit tout. Surnommé "Bomba" depuis la crise politique malgache de 2009, en référence à son usage intensif des grenades lacrymogènes, Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat et général de gendarmerie à la retraite, a été condamné à dix ans de travaux forcés pour complicité d'assassinat et complicité de coups et blessures volontaires. Le tribunal a rendu son verdict en une seule journée d'audience. La décision, relayée par les médias malgaches, s'inscrit dans un processus judiciaire plus large visant les responsables des forces de sécurité impliqués dans la répression des manifestations de septembre et octobre 2025.
Tout commence le 25 septembre 2025. Ce jour-là, le collectif de jeunesse Gen Z organise un mouvement de contestation d'envergure contre les pénuries chroniques d'eau et d'électricité frappant l'ensemble du territoire malgache. La réponse sécuritaire est disproportionnée. La documentation établie par les Nations Unies fait état d'au moins 22 personnes tuées et de plus d'une centaine de blessés pour cette seule journée. Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a dénoncé la "réponse violente des forces de sécurité" en précisant que "certains officiers ont également utilisé des munitions réelles." L'AFP a recueilli le témoignage de Mirana, étudiante de 19 ans à Antananarivo, grièvement blessée au bas du dos par une grenade lacrymogène tirée depuis un pick-up de gendarmes progressant à vive allure dans les rues pentues de la capitale, une scène documentée par des photographies et des séquences vidéo largement diffusées.
Ravalomanana se trouvait sur l'île au moment des faits. Il est en détention provisoire depuis le 18 janvier 2026 et avait été déchu de sa présidence du Sénat en décembre précédent. Son avocat, Lazatiana Razafimamonjy, a confirmé à la sortie du palais de justice d'Anosy que la défense entendait faire usage des voies de recours disponibles : "La loi prévoit des voies de recours que nous allons utiliser", a-t-il déclaré face aux caméras.
Sur le plan politique, les conséquences du 25 septembre ont été immédiates et radicales. Seize jours après les premières manifestations, des éléments militaires ont rejoint le mouvement protestataire, contraignant Andry Rajoelina à quitter le pays à bord d'un vol affrété par la France. Le colonel Michaël Randrianirina a assumé la direction de l'État au lendemain de l'intervention militaire, qui s'est accompagnée d'affrontements armés brefs entre militaires et gendarmes, faisant un mort dans les rangs des forces armées. Investi le 17 octobre 2025 en qualité de "président de la Refondation", Randrianirina s'est engagé à organiser des élections dans un délai de deux ans.
La transition tarde pourtant à produire les réformes institutionnelles attendues. Le mouvement Gen Z, moteur de la contestation initiale, a progressivement glissé d'un soutien prudent vers une défiance croissante à l'égard de l'exécutif de transition. Cette tension s'est cristallisée en avril lorsque six membres du collectif ont été interpellés à la suite d'un appel à manifester contre la lenteur des réformes et l'insuffisance des enquêtes anticorruption. Plusieurs d'entre eux sont restés en détention pendant plus de dix jours sous des charges d'"atteinte à la sûreté de l'État", qualification qui autorise une privation de liberté pouvant atteindre quinze jours. Amnesty International a qualifié ces arrestations d'arbitraires et alerté sur l'instauration d'un climat de peur. Randrianirina a affirmé que les protestataires bénéficiaient de soutiens financiers émanant de certains politiques et de sources étrangères, accusations que les militants concernés ont formellement réfutées.
Pour les observateurs du secteur judiciaire et sécuritaire malgache, la condamnation de Ravalomanana constitue un précédent opérationnel notable. Sa portée réelle dépendra de la continuité des poursuites engagées contre d'autres responsables des forces de l'ordre impliqués dans la répression. Le calendrier électoral de deux ans fixé par Randrianirina reste la principale variable d'ajustement de la transition : son respect ou son abandon conditionnera la crédibilité institutionnelle du régime issu du 17 octobre 2025, ainsi que la légitimité des procédures judiciaires conduites sous son autorité. Des informations complémentaires sur cette affaire sont accessibles à l'adresse https://imazpress.com/france-monde/madagascar-l-ex-president-du-senat-condamne-a-dix-ans-de-travaux-forces-pour-la-repression-des-manifestations.